La lettre, une liaison dangereuse
Liaison a priori intime d'un émetteur et d'un récepteur (Mme de Sévigné et sa fille, lettres de Van Gogh à son frère, lettres d'amour...), la lettre ne véhicule pas seulement un message qui célèbre ce lien (comme dans la lettre d'amour, qui n'a pas d'autre fonction, et qui, par conséquent, n'a pas réellement de message... ). La lettre sert surtout à mettre en question l'intimité de cette liaison, car on n'écrit pas pour ne rien dire, ou lorsque tout va bien : l'écriture d'une lettre est liée à un moment de crise, la lettre est l'expression d'une demande urgente ou d'un message pressant, essentiel. C'est pourquoi la lettre est plus souvent l'occasion d'une rupture que d'une simple déclaration : elle devient le support d'un discours libéré, car distant. Plus, elle peut être une déclaration publique (J'accuse). L'écart spatial et temporel qui sépare l'émetteur et le récepteur ouvre une situation propice à la réflexion. La pensée, l'esprit se libèrent de la lettre, quitte à ruiner la stabilité de la relation... La lettre peut même être le support du libertinage, en véhiculant un discours qui subvertit la morale de l'amour (Laclos). Enfin, cette logique de la rupture par l'écriture est lisible de manière définitive dans Inconnu à cette adresse, où le seul fait d'envoyer une lettre, même dépourvue de tout message, condamne son récepteur à mort. De l'amour à la mort, du lien à la rupture, la lettre est dangereuse, l'émetteur peut se trahir, le récepteur peut être piégé par l'interprétation des propos. Le sens des mots débordent et échappent.